Jean-Paul Joseph
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Programme de M. Bertoncini : catalogue démagogique cherche financement désespérément

Dans une campagne électorale, les équipes en place voient leur bilan critiqué. C’est le jeu démocratique et nous l’acceptons. Nous sommes certains donc que les autres candidats accepteront eux aussi notre analyse de leurs programmes, afin d’éclairer les électeurs.

Après lecture attentive, nous avons vu beaucoup de promesses, c’est habituel, parfois pour des dispositifs qui existent déjà, parfois pour des projets annoncés dans des endroits où ils seraient tout simplement impossibles à réaliser. Parfois pour des projets qui copient ceux que nous annonçons depuis des années, voire qui sont déjà en cours de réalisation !

Mais il faut le reconnaitre : un programme, en particulier, nous a fait sourciller à chaque page. Vingt-quatre pages de photos, de slogans et de listes à la Prévert qui semblent ne jamais finir. Et surtout une accumulation impressionnante de promesses démagogiques. Il s’agit, vous l’aurez peut-être déjà reconnu, du programme de M. Bertoncini.

Nous en avons vu passer des programmes et des propositions. Mais il faut savoir s’incliner devant l’exploit : ce programme constitue le “best of” de toutes les mesures imaginables en matière de populisme et de démagogie électorale vues ces 20 dernières années.

Aucun sujet n’y échappe : logements sociaux, port, sécurité, jeunesse… Alors regardons cela d’un peu plus près, sachant que nous nous sommes limités à quelques thèmes — car l’article, déjà touffu, aurait pu devenir interminable.

Urbanisme : on ne construira plus, mais on ne vous dira pas comment

La première promesse est simple : ne plus construire d’immeubles. Rien que cela.

Concrètement, cela signifie que des propriétaires possédant des parcelles constructibles — parfois depuis 80 ans — se verraient refuser leur permis de construire simplement parce que la municipalité n’en aurait pas envie ? En dehors de toute règle juridique ?

C’est oublier un peu vite que l’on ne gouverne pas une commune à coups d’arbitraire. Le droit de l’urbanisme existe, et les permis ne se délivrent pas selon l’humeur du moment.

Autre proposition : que les propriétaires de logements les mettent à disposition du CCAS, ce dernier les louant à bas prix et compensant la différence. Qui peut sérieusement croire que des propriétaires privés iront confier leur bien au CCAS pour le louer à des populations fragiles, alors même qu’ils peuvent les louer très facilement sur le marché privé ? Cette proposition traduit surtout une méconnaissance totale de la réalité des propriétaires et du fonctionnement du marché locatif bandolais.

On évoque également des solutions pour répondre aux besoins en logements sociaux… sans jamais préciser lesquelles.

Il faut dire qu’il y a encore quelques mois, M. Bertoncini citait en modèle en conseil municipal la ville d’Allauch dont le maire s’opposait à tous logements. Pourquoi n’en entend-on plus parler ? Parce que devant cette attitude, le préfet a pris la main il y a quelques mois et y impose des constructions. Exactement ce qu’il se passerait à Bandol.

Enfin, il est proposé de réviser le PLU. C’est LA tarte à la crème de tous les programmes. Là encore, la réalité est soigneusement passée sous silence : outre le fait que le nouveau PLU durcit les règles de construction sur près de 90% du territoire constructible et en diminue la superficie totale, si une procédure de révision du PLU était engagée aujourd’hui, la préfecture serait beaucoup plus exigeante en matière de construction qu’elle ne l’a été pour la révision de ce PLU.

La réglementation a évolué depuis le lancement il y a plusieurs années de la révision, et les objectifs imposés aux communes se sont renforcés. Autrement dit, une telle révision aboutirait à davantage de constructions, et non l’inverse. On vend donc aux habitants de certains quartiers qui veulent y croire un miroir aux alouettes.

Entre les promesses affichées et la réalité juridique et administrative, il y a un fossé que la démagogie tente simplement d’ignorer.

Stationnement : des parkings oui, mais où ?

On nous annonce la création d’environ 300 places de stationnement supplémentaires, réparties sur « deux à trois sites afin d’éviter toute concentration excessive ».

Très bien. Mais une question simple se pose : où exactement ? Selon quelles modalités, et avec quel financement ? Cela n’est jamais précisé.

La réponse est assez simple — et nous pouvons la donner pour avoir passé le mandat à étudier sérieusement la question, comme d’ailleurs plusieurs équipes municipales avant nous : il n’existe pas, en centre-ville, de site disponible permettant de créer de nouveaux parkings, en dehors des parkings déjà existants.

On entend certains parler de l’îlot de La Poste. Cette zone n’est pas sous maîtrise municipale : les permis y sont instruits par la préfecture et la zone n’appartient pas à la commune. Et quand bien même cela serait possible, y construire un parking représenterait un coût très élevé, tout en aggravant les difficultés de circulation sur une avenue du 11 Novembre, déjà fortement contrainte.

La gare ? Impossible également : le foncier appartient à la SNCF. Celle-ci a d’ailleurs déjà un projet arrêté — ombrière photovoltaïque et végétalisation — dont la réalisation est prévue au second semestre 2026.

Autrement dit, annoncer 300 places de parking sans dire où ni comment les créer relève davantage de la promesse facile que d’un projet réalisable.

Sécurité : la dépense avant l’efficacité

« Poste de police recentré » : où exactement ? Et surtout, est-ce cohérent alors que la municipalité vient d’engager 700 000 € pour la rénovation du centre de supervision urbain ?

« Rétablir l’éclairage nocturne pour faire des économies d’énergie » : cette affirmation n’a aucun sens. Qu’il s’agisse de LED ou non, rallumer l’éclairage la nuit ne permet pas de réduire la consommation énergétique.

Équiper les personnes isolées de « bipers » : le CCAS assure déjà un suivi des personnes isolées qui se sont signalées et veille régulièrement sur elles. Quant aux bracelets ou dispositifs d’alerte, ils relèvent du secteur privé.

Port : quand promesses et législation ne font pas bon ménage

C’est sans doute là le best of du best of. Tout ce qu’il est possible de promettre de plus démagogique dans la gestion d’un port y est réuni. La difficulté, c’est qu’à peu près tout ce qui est proposé est illégal et entraînerait immanquablement le port à nouveau vers le clientélisme et les passe-droits, et surtout vers une avalanche de contentieux.

  • Le transfert du poste aux héritiers : une mesure illégale qui a valu par le passé au port de Bandol – faut-il le rappeler – une action en justice. C’est précisément pourquoi cette mesure avait été retirée du règlement portuaire par le conseil municipal.
  • La préférence aux Bandolais : encore une mesure illégale. Et à la lecture des critères de « Bandolitude » proposés, on oscille entre sourire et consternation : quand on lit noir sur blanc, parmi ces critères, « l’implication dans la vie locale », on comprend surtout que l’on nous promet le retour de l’arbitraire et du clientélisme dans l’attribution des postes.
  • Le transfert des “amodiations” au port public à leur échéance : nous mettons volontairement « amodiations » entre guillemets, car le programme confond amodiation et garanties d’usage. L’amodiation n’existe plus au port de Bandol depuis cinq ans et son régime juridique n’a rien à voir avec celui des garanties d’usage.
    Citer des articles de loi dans un programme pour justifier des mesures tout en se trompant de régime juridique laisse pour le moins dubitatif sur le sérieux de l’analyse.
    Quoi qu’il en soit, tous ceux qui patientent sur la liste d’attente — Bandolais ou non — apprécieront sans doute de voir 400 personnes leur passer devant lors de cette bascule. Quant à la légalité d’une telle mesure, elle promet surtout des dizaines de recours, un chaos administratif et une défaite juridique, comme l’ont connu les ports qui l’ont tenté.
  • Le retour des ventes de places avec bateaux au port public : un dispositif qui a existé un court moment à Bandol et qui a été arrêté car certains plaisanciers valorisaient en réalité surtout la place bien plus que le bateau, aboutissant à des prix délirants sans rapport avec sa valeur. Passons également sur le fait que le domaine public étant incessible et inaliénable, la mesure est juridiquement périlleuse.
  • L’intégration de professionnels du port au conseil d’administration de la Sogeba : pour créer des situations de conflit d’intérêt (lorsque le port voudra lancer des AOT professionnelles par exemple) et générer de la discorde entre professionnels, on ne fera pas mieux.

Finances publiques : promesses abondantes, financement introuvable

Sur la question des finances, le programme tient en une seule phrase, discrètement glissée dans l’édito : « En matière de finances, nous nous engageons à ne pas augmenter la part communale des impôts locaux. » Voilà. Tout est dit. Ou plutôt, presque rien.

Car dès que l’on tourne la page, les annonces de dépenses, elles, s’enchaînent à un rythme soutenu. C’est le carnet de chèques sans provision :

  • renforcement des effectifs avec des ASVP
  • recréation d’un service municipal du commerce, avec un agent dédié
  • mise en place d’un manager de centre-ville chargé d’assurer une liaison permanente avec les commerçants
  • création d’un guichet unique de proximité pour les entreprises
  • dispositifs pour lever les freins à l’emploi, notamment en matière de garde d’enfants et de logement saisonnier
  • renaissance d’un comité des fêtes
  • « une action sociale pour chaque habitant »
  • une « offre de logements sociaux adaptée »
  • la création d’un bureau de l’emploi

Autant d’annonces qui impliquent inévitablement des dépenses supplémentaires : charges de personnel, prestations extérieures, frais de gestion, nouvelles politiques sociales.

Pourtant, sur la gestion des finances publiques : rien. Pas un paragraphe. Pas une piste d’économie. Pas l’ombre d’une recette nouvelle.

On en vient presque à penser que l’équilibre budgétaire reposerait sur une nouvelle ressource encore inconnue des collectivités : le miracle budgétaire.

Investissements : des projets à la pelle… mais l’addition pour qui ?

Complexe sportif au stade Deferrari, parkings, maison du terroir, rénovation du gymnase, boîtes de nuit, salle de jeux… Les projets s’enchaînent à un rythme soutenu.

Mais sur la question essentielle — le financement — le programme devient soudain beaucoup plus discret. Quel montant d’investissement ? Quels frais de fonctionnement ? Quel modèle économique ? Mystère.

La méthode paraît en réalité assez simple : on annonce d’abord, on réfléchira ensuite. Pourtant, au bout du compte, dans les finances publiques comme ailleurs, une règle demeure : quelqu’un finit toujours par payer l’addition.

Conclusion

Un programme municipal n’est pas un catalogue de promesses destiné à séduire les électeurs le temps d’une campagne. C’est un engagement devant les habitants, qui devra ensuite être tenu.

La réalité de l’action municipale repose sur des règles simples : des lois, un cadre juridique et des équilibres financiers auxquels aucun maire ne peut se soustraire. On ne peut pas décider d’urbanisme en dehors du droit, attribuer des places de port en dehors de la loi, ou multiplier les projets sans expliquer comment ils seront financés.

Promettre beaucoup tout en affirmant qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts, sans jamais détailler les moyens financiers nécessaires, relève au mieux d’un optimisme très approximatif, au pire d’une méconnaissance des réalités de la gestion municipale.

Car en matière de finances publiques, il existe un indicateur que tout élu responsable devrait regarder en priorité : la capacité de désendettement. C’est elle qui détermine si une commune peut continuer à investir ou si elle s’approche d’une impasse financière.

Or, à la lecture de ce programme, une question essentielle demeure sans réponse : celle du financement et de la légalité des mesures annoncées. Les projets s’accumulent, mais leur impact sur la dette et sur la capacité réelle de la commune à les financer n’est jamais évoqué.

Promettre est facile. Gouverner, c’est aussi vérifier que les comptes tiennent, que les décisions sont légales et que les projets sont réalisables.

Et tant que ces réponses n’apparaissent pas clairement, une question reste posée : qui paiera l’addition ?

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