Jean-Paul Joseph
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L’homme qui ne faisait pas de politique

La Société Nationale de Sauvetage en Mer, par la voix du président local de l’antenne de Bandol, tonne. Rien moins qu’une pleine page dans Var Matin (18/05/17) pour dénoncer « la tempête » que ferait souffler le maire sur l’association.

Comprenons-nous bien : il ne s’agit pas ici de minimiser l’action essentielle de la SNSM auprès des plaisanciers. Il faut encore saluer le courage et l’engagement sans faille des bénévoles qui au péril de leur vie portent secours dans les conditions les plus extrêmes. Ne mélangeons pas tout. La municipalité a largement montré sa solidarité.

De quoi s’agit-il ? Voici le tableau des subventions accordées à la SNSM depuis 2010 :

Manque de solidarité pour une association vénérable et d’utilité publique ? Les chiffres parlent d’eux-mêmes. Ajoutons 3 places de bateaux dans le port de Bandol (4700€ par an), 90m2 de locaux prêtés gracieusement par la mairie (12 000€ par an), l’affranchissement postal de tout le courrier et l’envoi tous les ans aux 1500 plaisanciers du bulletin de souscription de la SNSM.

Face à ce « coup de tabac »,  le « capitaine » tient bon la barre… et file la métaphore jusqu’à menacer avant la noyade assurée : si la subvention n’est pas réévaluée, c’est « la capacité d’intervention des sauveteurs bénévoles » qui est en jeu.

A vrai dire, cette tempête a tout d’un petit grain, tout juste une risée. Elle est surtout médiatique. « Le sauvetage est, et doit rester, apolitique » clame le président, torse bombé. Floriane Cercio, « chef de l’opposition » comme elle se définit elle-même, vole aussitôt au secours de son époux sur la page facebook de ce dernier :

On se frotte les yeux ! « Sanction politique » crie madame Cercio ! Ah bon ? Pourquoi ? De deux choses l’une, soit le président local de l’antenne de la SNSM ne fait pas de politique et son épouse, élue et « chef de l’opposition », doit s’en tenir à une réserve absolue ; soit cette association est politisée et sert les intérêts de Mme Cercio. Dans la deuxième hypothèse, on comprend mieux son courroux.

Venons-en au fond. La Société Nautique de Sauvetage en Mer, organisme national a été fondée en 1967. La station de Bandol, créée en 1981, est l’une des 218 qui couvrent le territoire. Le budget de la SNSM provient à 17% d’aides publiques (état, régions, départements, collectivités locales). Le budget prévisionnel 2017 de la station de Bandol est de 105.000€. En versant 7 000€ de subventions, la ville contribue à hauteur de presque 7%, soit plus du tiers de l’apport public total.

Les communes voisines (Sanary et Six-Fours) se sont montrées sensibles aux actions de la SNSM et prêtes à apporter leur contribution. Pour autant, aucune trace de demande de subvention auprès de ces collectivités n’apparait dans le dossier déposé à Bandol. Pas plus que d’éventuelles demandes à la région ou au département. On ne connait pas davantage comment sont réparties les subventions nationales auprès des antennes locales.  En 2016, la station de Bandol a procédé à 137 interventions sur la zone allant de St Cyr à Six-Fours. La carte ci-dessous montre les implantations de la SNSM autour de nous :

Pourquoi le président local de la station de Bandol ne cherche-t-il pas d’autres aides publiques auprès des collectivités voisines ? Pourquoi ne demande-t-il pas que la subvention accordée par Sanary (6300€) à la délégation SNSM du Var soit versée à Bandol ? Peut-être parce qu’il n’a aucun intérêt politique à le faire.

Le maire de Bandol a demandé au député-maire de Six-Fours (Les Républicains) s’il était prêt à contribuer aux aides versées à la SNSM. Voici ce qu’il répondait dans un courrier du 6 octobre 2016 : « « En dépit de la politisation de cette association, je suis prêt à participer financièrement au fonctionnement de celle-ci ».

Grâce à l’intervention de Jean-Paul Joseph, Jean-Sébastien Vialatte vient d’accorder 10.000€ de subvention à la station de Bandol. Exactement la somme que réclamait le président local de la SNSM. Rien à voir, bien entendu avec la politique, ni les élections proches.

Quand le vent est contraire, il faut courir des bordées et savoir louvoyer. Le président local de la station de Bandol, comme certains politiques, fait cela très bien.

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